Élections municipales : les arguments des candidats pour la transition écologique
- EmpreinteS

- 23 mars 2020
- 7 min de lecture

À l'occasion des élections municipales 2020 à Bordeaux, et à la demande du collectif « Il Est Encore Temps », un consortium d'associations aux préoccupations environnementales, sociales et démocratiques, les étudiants d'Empreintes ont participé aux "Entretiens Citoyens" des candidats à la mairie. Au cours de ces auditions, tous les candidats ont été soumis à un questionnaire élaboré par les associations, tant sur des questions de programmatiques précises que sur des positionnements plus généraux. C'est une façon pour les associations d'envisager la démocratie autrement et d'effectuer un travail d'information pour les citoyens en amont du vote tout en sensibilisant les candidats aux questions qui leur sont chères. Notre rôle en tant qu'étudiants "extérieurs" au collectif, en profitant de notre double apprentissage en sciences politiques mais aussi de notre spécialisation autour de la transition écologique, a été tout d'abord de jouer les assesseurs, pour s'assurer du traitement égal qui a été réservé à tous les candidats. Ensuite nous avons fournis une grille d'analyse des réponses des candidats, et grâce aux réponses de chaque association, nous avons réalisé une synthèse globale, non-exhaustive mais méticuleuse et représentative, des projets des candidats pour Bordeaux.
Tous les entretiens ont été publié et peuvent être visionné sur Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCA9u_P5XvZMIQPhk2haO3Ig/videos
Le collectif regroupe les associations et les mouvements suivants : Il est encore temps (IEET), Greenpeace groupe local de Bordeaux, ANV COP 21 Gironde, Aux arbres citoyens Bordeaux Métropole (AAC), Les marcheurs cueilleurs 33 (MC33), Alternative Jallère, Agir pour le climat (TACA), Natur’Jalles, Youth For Climate Bordeaux (YFCBx) et des membres de XR Rebellion, des Gilets jaunes et de Territoires en transition.
Voici l'analyse que nous avons effectuée des réponses des candidats à ces entretiens citoyens :
Synthèse des “entretiens citoyens” avec les candidats à l'élection municipale de Bordeaux
Aspect général des prestations
Les grands enjeux écologiques et démocratiques sont globalement bien pris en compte dans les programmes et les promesses des candidats, dans un contexte d’intensification de l’intérêt pour les questions environnementales et de réponse à une crise de la démocratie participative. Cela permet d’expliquer un “verdissement” de tous les programmes politiques et un consensus vis à vis de certaines mesures (comme le bio dans les cantines), même s’il y a de grandes différences dans la façon de mettre en place ces mesures et l’échelle à laquelle elles doivent être appliquées.
Néanmoins la compréhension des questions environnementales reste lacunaire et éparse. Beaucoup de mesures et d’engagements peuvent paraître hors-sol, ne prenant pas en compte les spécificités de la métropole Bordelaise. La méconnaissance de sujets locaux et très médiatiques (comme le devenir du site de la Jallère ou la déviation du Taillan-Médoc) pose la question de la réalité de l’engagement pour la transition écologique de la plupart des candidats.
La question de la participation citoyenne reste une thématique qui divise, certains reprenant des idées de démocratie participative, avec un pouvoir, non seulement consultatif mais aussi décisionnaire des citoyens pendant la mandature, tandis que certains s’accrochent aux principes de la démocratie représentative (sans néanmoins nier la nécessité de la consultation citoyenne et de l’expertise des associations bordelaises).
Dans l’ensemble les candidats ont accepté de jouer le jeu des “entretiens citoyens”, tous s’y sont présentés et ont répondu aux questions du collectif. Même s’il est difficile d’évaluer la “bonne foi” des réponses, il nous semble important de mettre en avant le fait que très peu de candidats ont évité de répondre à certaines questions, par de la langue de bois ou un détournement de la focale.
Participation citoyenne
Sur la question de l’intégration de la participation citoyenne au niveau consultatif et décisionnel, en relation avec les travaux effectués sur la place Gambetta, la plupart des candidats se positionnent pour une plus grande participation et consultation citoyenne. Fanny Quandalle, Pascal Jarty, Bruno Paluteau et Philippe Poutou s’engagent pour un plus grand pouvoir décisionnaire des citoyens, par des comités de quartier ou par des référendums d’initiatives locales. Bernard Paluteau est le seul à aborder la question d'un référendum révocatoire pour les élus, néanmoins aucun ne s'attarde sur les modalités de mise en place de ces initiatives, et notamment du niveau plancher d'activation d'un référendum local. Nicolas Florian élude la question des travaux sur la place Gambetta effectués sous sa mandature, et admet que la consultation des citoyens pourrait être améliorée.
Pollution de l'air, de l'eau et mobilité
Globalement tous les candidats sont pour une amélioration des transports en commun dans le but de favoriser la mobilité : concertations avec les habitants, modification des trajets et des lignes de bus/trams. La gratuité des transports en commun est proposée par les listes de Pascal Jarty, Fanny Quandalle et de Philippe Poutou (avec différentes propositions de financement), tant dans le but de désengorger la rocade des mouvements pendulaires quotidiens que pour améliorer la mobilité des classes populaires “chassées” du centre de Bordeaux (par l’augmentation des loyers entre autres, selon Thomas Cazenave). Les problématiques sociales liées aux transports sont abordées (précarité, personnes en situation de handicap), cependant les problématiques environnementales (pollution automobile notamment) le sont beaucoup moins.
Sur la question de la prise d’un arrêté anti-pesticides par le maire (après l’affaire très médiatisée de Langouët), les candidats sont dans l’ensemble en faveur d’un arrêté qui diminue les pesticides, malgré le fait que ce pouvoir de décision ne soit pas entre les mains du maire, et que donc ils auraient soi-disant les mains liées, et ne pourraient pas y faire grand chose. Seul Pascal Jarty propose d'interdire l'usage des pesticides dans les parcs municipaux, en liant cette problématique avec une gestion saine des ressources en eau.
Sur la question de l’impact de la publicité, on constate un manque de prise en compte général des multiples enjeux présents derrière la publicité et les panneaux publicitaires. Pierre Hurmic, Philippe Poutou relèvent le lien entre l’usage de la publicité et la surconsommation tandis que Gilles Garçon et Nicolas Florian minimisent l’espace utilisé pour la publicité dans le centre de Bordeaux. La question du coût énergétique des panneaux publicitaires LED est communément admise, cependant qu’il y a peu de prise en compte de l’impact sur les citoyens, de l’utilité ou inutilité de ces panneaux, et peu de propositions de solutions concrètes, ni même de pistes de réflexion.
Urbanisation et artificialisation des sols
Sur la question de la déviation du Taillan-Médoc, les candidats ont, globalement, une connaissance assez superficielle de ce dossier. Il ressort qu’ils souhaitent davantage questionner les opinions des habitants, opinions qui ont déjà été données, mais ne connaissent pas réellement les enjeux, particulièrement environnementaux, derrière ce projet, ou alors choisissent de les ignorer. Seul Philippe Poutou et Pierre Hurmic et Fanny Quandalle s’opposent frontalement au projet, au profit d’autres solutions pour réduire le trafic au Taillan (notamment le développement de fret ferroviaire). Les candidats, qui sont plusieurs à ne pas connaître de près ou de loin ce dossier, sont peu allés chercher une information autre que celle fournie par le département, malgré l’importance des enjeux hydrologiques pour la métropole bordelaise soulevés par ce projet, et affirment se fier beaucoup aux décideurs en charge actuellement pour prendre les bonnes décisions, car ils ont les analyses des experts et ont consulté la population.
Sur la question du devenir du site de la Jallère, encore une fois globalement peu de connaissances spécifiques sur le sujet, et peu de prise de position en faveur de la préservation totale du site, sauf pour Pierre Hurmic qui appelle à la préservation du site en tant que poumon vert de la ville.
Sur la question des dépôts sauvages, les propositions sont assez coercitives dans l’ensemble, avec beaucoup de propositions d’augmentation des effectifs policiers pour sanctionner les dépôts sauvages, et des agents en charge de les nettoyer. Il y a un consensus pour dire que ces dépôts sauvages ne devraient pas exister et qu’il faut améliorer le système de tri, mais une insuffisance de connaissances sur les pouvoirs du maire vis-à-vis de ces questions-là. Beaucoup se cachent derrière l’incompétence supposée du maire et des pouvoirs publics municipaux. Éducation et sensibilisation Sur la question de l’accompagnement des filières bio et locales dans les écoles, et la promotion des menus végétariens, tous les candidats s’accordent sur la nécessité de nourrir les enfants sainement et d’amplifier le mouvement déjà mis en place dans ce domaine. Bruno Paluteau met en avant l’idée de ‘localisme’ pour l’approvisionnement des écoles, notamment par des propositions de jumelage entre Bordeaux et des villes rurales pour approvisionner les cantines scolaires tout en soutenant l’agriculture locale. La dichotomie entre bio et local est bien mise en avant par Pierre Hurmic et Nicolas Florian, ainsi que la difficulté de s’approvisionner plus que ce qui est déjà fait en Gironde. Sur la question de la sensibilisation au respect de la biodiversité en milieu scolaire, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’impliquer au maximum le milieu associatif, mais Thomas Cazenave et Fanny Quandalle mettent en avant le fait qu’il est nécessaire d’informer et de sensibiliser toute la population et pas seulement les enfants. Questions de principes généraux Sur la doctrine du maintien de l’ordre, tous s’accordent sur la nécessité de concilier la liberté de manifester tout en protégeant la liberté des autres citoyens (liberté de circuler, ordre public...etc), seul Philippe Poutou et Fanny Quandalle condamnent fermement les violences policières. Beaucoup éludent la question en rappelant que le maintien de l’ordre est une compétence gouvernementale, mais Pierre Hurmic rappelle que le maire est responsable de ce qui se passe dans sa ville, et qu’il peut engager une discussion avec l’Etat via le préfet sur ces questions. Sur la question “pourquoi protéger la biodiversité ?”, tous les candidats avancent des arguments anthropocentrés; la biodiversité est nécessaire à la survie de l’Homme par les services écosystémiques qu’elle lui fourni. Seul Philippe Poutou prend une approche biocentrée en rappelant la valeur intrinsèque de la biodiversité. Conclusion Bien que l’on puisse se réjouir de la prise en compte des enjeux écologiques et démocratiques par tous les candidats, et du fait que tous ont pu faire émerger des idées et propositions intéressantes, il nous paraît important de mettre en exergue le manque de compréhension globale des enjeux et de mesure de l'urgence sur ces sujets, ce qui amène à beaucoup de positions “de principes” et peu de propositions concrètes.
Juliette Larroche & Rémi Cossetti




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