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Environnement et pandémie du Covid-19


© EmpreinteS, 2020

Déclaré pandémie par l’Organisation mondiale de la santé, le Covid-19 a touché 169 pays et infecté plus d’un million de personnes au 4 avril 2020. Pour enrayer les contagions, la majorité des États ont déclaré l’état d’urgence sanitaire et le confinement maximal. On a vu les photos des canaux de Venise propres, on y aperçoit des poissons, le retour des chants d’oiseaux, un ciel sans avions, les dauphins dans les ports siciliens. Les humains confinés, la nature serait en train de reprendre ses droits. Mais quels liens réels y-a-t-il entre la pandémie et l’environnement ?


Certes, les conséquences des décisions gouvernementales, notamment le confinement et la rupture de chaînes de production mondiales engendrent une baisse drastique des émissions de CO2 et de la consommation d’énergie, du fait de la fermeture des bureaux. Mais la pandémie du Covid-19 est due à un chamboulement dans la biodiversité et au rapprochement des espèces du fait de la déforestation et de l’artificialisation de l’environnement. De plus, le changement et climatique et la pollution de l’air sont des facteurs aggravants d’épidémies et de leur intensité.


Le confinement et les ruptures de chaînes de production : les conséquences de la pandémie


La réduction drastique de la pollution due au confinement


On enregistre une réduction à l’échelle mondiale des émissions de gaz à effet de serre. Si l’air est moins pollué, ça n’est pas parce que des chercheurs ont trouvé une plante magique qui absorbe le CO2, mais bien parce que les sources de production de CO2 ont été ralenties voire arrêtées.


La réduction d’émissions de CO2 en Chine, de 25% depuis début 2020, n’est pas due au coronavirus en soi, mais bien à la réduction de l’intensité des activités humaines que la maladie respiratoire entraîne. C’est bien parce qu’on a besoin d’êtres humains pour produire, et que le Covid-19 a des conséquences fatales sur l’humain, qu’il y a une baisse de production. Cette baisse drastique des émissions est toutefois annuelle, due aux festivités du nouvel an chinois. Le gouvernement chinois vient aussi de mettre en place de nouvelles mesures environnementales plus restrictives, mais cette année l’accalmie s’allonge et c’est ce qu’il y a d’étonnant. Les émissions provenant des voitures, usines, camions, se sont effondrées avec l’arrêt des activités suite aux décisions de confinement par les gouvernements.


L’Observatoire de la Terre de la NASA et l’Agence Spatiale Européenne ont observé, avec étonnement, une baisse drastique du NO2 (dioxyde d’azote) dans l’air. On peut voir cela s’étendre en même temps que les zones de confinement, en partant de Wuhan. Il en résulte une meilleure qualité de l’air, avec la baisse des particules fines dans l’air observée en comparant février 2020 et février 2019 en Chine. Il en est de même à Milan, où les concentrations moyennes de NO2 ont chuté d’environ 65 mg/m3 (en janvier) à 35 mg/m3 (au cours de la première semaine de mars), d’après les relevés de Copernicus, l’agence européenne d’observation de la Terre.


C’est aussi le ralentissement des déplacements qui a engendré une baisse drastique de CO2. Selon l’Association Internationale du Transport Aérien, le nombre de passagers aurait baissé de 24 % sur les vols d’Europe de l’Ouest. Dans l’Union Européenne, l’opinion publique s’est émue en voyant les avions continuer de voler à vide, ce car les compagnies craignaient de perdre leurs créneaux. En effet, la loi européenne d’attribution des créneaux de décollage et d’atterrissage impose aux compagnies de faire voler leurs avions sur 80% de leurs créneaux, au risque de les perdre. La Commission a finalement levé cette mesure en raison des circonstances exceptionnelles.


Ne nous réjouissons pas trop vite : la baisse des émissions n’est que temporaire, due à la restriction des activités à celles « strictement nécessaires » et reprendra de plus belle, dès le confinement levé. Elle aura eu le mérite de retarder la progression des émissions, mais surtout de nous rendre compte de son origine purement due à l’activité humaine.


Le confinement engendre-t-il une réduction de la consommation ?


La France enregistre une baisse drastique de la consommation d’énergie du fait du ralentissement des industries du au télétravail et aux mises à domicile au maximum.

La peur joue sur la consommation : en témoignent les achats paniques, le fait que les foyers français se soient mis à faire des stocks de peur que les supermarchés soient vides, en prévision d’une crise, ce qui correspond à une anticipation autoréalisatrice. Ainsi l’industrie alimentaire ne s’est pas arrêtée, au contraire : le chiffre d'affaire de la grande consommation a poursuivi sa progression, avec une hausse de près de 10% en valeur et en volume la semaine où le confinement a été déclaré. En réponse à ces comportements irrationnels, les magasins, eux aussi, augmentent leurs commandes auprès de leurs fournisseurs. Parmi les articles les plus plébiscités par les consommateurs français, les gants de ménages enregistrent une hausse de 174%, suivis par les pâtes (+114%), le riz (+111%), les légumes secs (+106%) et les savons de toilette (+102%).


Ne pouvant sortir de chez eux, les Français font leurs emplettes depuis leur ordinateur, une aubaine pour les géants du commerce en ligne. Parmi les recommandations et les gestes barrières figure le fait d’éviter de prendre les transports en communs, et pour les déplacements courts, les Français ont recours à leur voiture personnelle ou aux VTC, voire à un chauffeur individuel.


Anthropisation des biotopes et destruction de la biodiversité : les causes de la pandémie


Le Covid-19 est une maladie zoonotique


Le Covid-19 est une maladie d’origine zoonotique (animale), de même que le bien connu SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2003. Le virus d’origine animale a donc été transmis à l’homme. Le passage de maladie d’une espèce à l’autre s’appelle le passage de la barrière d’espèces.


La question est désormais : comment le virus est-il arrivé à nous ?


La première transmission aurait eu lieu dans le marché de Wuhan, ville de 11 millions d’habitants de la province chinoise d’Hubei. La plupart des coronavirus proviennent des chauve-souris. Ils constituent 30% de leur virome, mais l’hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’humain aurait été le pangolin. Le pangolin est un petit mammifère qui se trouve être l’espèce la plus braconnée au monde. D’après le Centre pour la Diversité Biologique, l’animal est sur la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conversation de la Nature). Dans un document publié en décembre 2019, Sarah Uhlemann, directrice de programme international au Centre pour la Diversité Biologique affirme que le pangolin continue pourtant d’être braconné et commercé, ce qui le situe à un fort risque d’extinction. Le pangolin des Philippines, une des trois races de pangolin, a notamment été déplacé de la liste “En danger” à celle de “En danger critique d’extinction” du fait de son déclin de 80 % en 21 ans. Le pangolin est braconné pour ses vertus curatives et sa viande, réputée délicieuse. Il est consommé particulièrement en Asie, dont la Chine, et aux Etats-Unis. D’après l’ONG Wild Aid, le pangolin est victime de trafic illégal.

Ça n’est pas sans rappeler que dans l’épidémie de SRAS qui a eu lieu de 2000 à 2003, l’animal transmetteur, l’hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’humain, était la civette, mammifère elle aussi braconnée.


La particularité de la transmission via le pangolin, est que ce marché de Wuhan est connu pour être un « wet market », c’est-à-dire qui vend des animaux vivants, destinés à être mangés vivants ou très peu cuits. D’après une étude de EcoHealth Alliance, une ONG impliquée dans les risques infectieux émergents, et des scientifiques de l’Institut de virologie de Wuhan, les individus positifs au Covid-19 étaient en contact avec des petits animaux d’élevage, le facteur prédictif étant de consommer des carnivores peu cuits ou crus.


C’est pourtant le caractère sauvage de ces animaux qui est mis en avant dans les discours politiques européens et le fait qu’ils transmettent des maladies. Par métonymie, qui consomme de ces animaux est un sauvage. C’est d’abord via une lecture raciste du Covid-19 qu’il est arrivé chez nous. Des blagues sur les réseaux sociaux moquant la gastronomie asiatique, qui a poussé les personnes d’origine asiatique à répondre via le mot-dièse #jenesuispasunvirus avant que le Covid-19 n’arrive en Europe.


De nombreux chercheurs annonçaient la transmission de maladies à coronavirus à l’être humain depuis déjà quelque temps. Des chercheurs chinois interpellaient leur gouvernement au sujet de l’émergence du coronavirus des chauve-souris, dans certaines régions chinoises et le fait que celles-ci vivent proches du bétail. Le chercheur Zhou Peng et ses collègues virologues expliquent : « Il est généralement admis que les coronavirus transmis par les chauves-souris réapparaîtront pour provoquer la prochaine épidémie. À cet égard, la Chine est un point chaud probable [zone à haut risque]. » Le défi consiste à prévoir quand et où de telles épidémies surviendront pour les prévenir au mieux ». (Gozlan, 2020). Une unité de chercheurs français s’intéresse au sujet depuis 10 ans, et tous affirment que ce n’était qu’une question de temps.


Comme le précise Serge Morand, écologue de la santé au CNRS, l’augmentation d’épidémies d’origine animale ces 70 dernières années est due à l’agriculture intensive qui suppose la concentration en espaces restreints d’une même espèce, la standardisation, ce qui permet la transmission très rapide d’un virus car il n’a pas besoin de muter ou de franchir la barrière d’espèces.


L’Anthropisation crée des environnements favorables à la propagation d’épidémies


L’anthropisation est la modification du milieu naturel par les activités humaines. Elle contribue à la modification des relations entre êtres humains et animaux. Beaucoup de maladies réémergent aussi du fait des changements de vie et de densité des milieux, par exemple le choléra qui se développe dans les camps de migrants.


Sonia Shah dans le Monde diplomatique écrit que la destruction de l’environnement, notamment la déforestation, a comme conséquence « l’archipélisation » du monde sauvage (Shah, 2020). En effet, la transmission du virus est aussi due aux pratiques agricoles modernes comme la déforestation ou l’urbanisation massive.


L’Asie du Sud-Est a perdu 30 % de sa surface de forêt en 40 ans (Aneta Afelt, 2018). La déforestation massive y est la plus importante du monde. La croissance importante de la population (augmentation de 130 millions d’habitants entre 2001 et 2011) représente une pression sur le milieu, sur l’intensification agricole et la déforestation pour urbaniser.

La déforestation repousse toujours la limite entre humain et nature, en nous mettant en contact avec les animaux sauvages. « La conséquence a été de rapprocher des populations de chauves-souris avec des habitats humains et/ou des élevages d’animaux domestiques. » écrit Marc Gozlan, microbiologiste, dans Le Monde.


La destruction de l’habitat naturel d’espèces par la déforestation puis l’artificialisation des sols, a pour conséquence que les espèces sont tenues de se réfugier ailleurs, attirées par la lumière et en quête de nourritures. Cela se fait parfois plus proche des humains, ce qui multiplie les points de contact entre humains et hôtes de virus et augmente les risques de transmission de maladies infectieuses entre les espèces car la quantité d’espèces est beaucoup plus dense du fait de la réduction de l’espace. Ces nouvelles maladies proviennent donc de l’intensification de l’industrie du bétail pour répondre à l’augmentation de la population et de la quantité de viande mangée, qui a pour conséquence l’augmentation du réservoir animal d’agents pathogènes. Notre façon de coloniser la Terre implique que notre façon d’y vivre empêche celle d’autres espèces. Un espace est subordonné à un autre. Dans le monde, ce sont chaque jour 110 hectares de terrain qui sont artificialisés par l'extension des villes.


Pour en revenir au pangolin, si ce n’était pas le braconnage qui était la cause de son extinction, ce serait très certainement la destruction de son habitat.


Le changement climatique et la pollution : des facteurs d’aggravation des épidémies


Les foyers de la pandémie sont des zones très polluées


La plaine Padane italienne, qui abrite 23 millions de personnes et 43% de la population nationale, est aujourd’hui la zone avec le plus de contagions en Italie.


D’après l’Agence Européenne pour l’Environnement, cette région dépasse constamment les limites de pollutions imposées par l’UE, et l’Italie est le pays qui compte le plus de morts prématurées dues au dioxyde d’azote (environ 14 600 décès par an), et est en seconde place pour les victimes de particules fines PM2,5 (particules d’un diamètre inférieur à 2.5µm ; environ 58 600 décès par an). En effet, la plaine Padane est connue pour être une des zones où l’air est le plus pollué d’Europe. On trouve différentes causes : la pollution industrielle, les moteurs diesels, l’agriculture intensive avec des grands élevages de bétail, avec toutes les déjections et l’utilisation d’engrais et de pesticides que cela implique. La région connaît aussi des hivers particulièrement secs, ce qui renforce la concentration en particules fines dans l’air.

La Société Italienne de Médecine de l’Environnement (SIMA) a confronté les données des personnes touchées par le coronavirus et la pollution atmosphérique via les particules fines, et en a conclu qu’il y a une accélération des contagions dans les zones plus polluées (PM2,5 et PM10). En effet, les personnes habitant dans ces zones sont plus exposées aux maladies pulmonaires et aux cancers des poumons. L’OMS n’a pas défini de quantité de pollution à partir de laquelle elle est dangereuse pour la santé humaine, c’est pourquoi il est recommandé qu’elle soit la plus basse possible. Ladite corrélation entre pollution et maladies respiratoires dans ces zones a déjà été confirmée par des médecins (SIMA) lors de précédentes épidémies de virus respiratoires.


Le changement climatique accentue un climat propice aux épidémies virales


Le changement climatique en lui-même n’est pas un facteur déclencheur d’épidémies, de leur transmission et aggravation, mais bien le fait que cela crée des environnements plus propices pour les pathogènes et leur prolifération. Par exemple, l’augmentation de la température bouleverse le cycle de l’eau, avec à la fois davantage de sécheresses et de pluies diluviennes. La combinaison engendre un durcissement des sols et une plus grande stagnation des eaux. Ce qui n’est pas sans rappeler les conditions idéales pour le développement de maladies et d’espèces invasives.


Je ne vous ferai pas le plaisir de m’attarder sur un peu de malthusianisme écologiste. Le néo-malthusianisme écologique est une régulation « naturelle » de la surpopulation, problématique du fait de la croissance exponentielle de la population et des ressources naturelles, par essence limitées. Les néo-malthusianistes considèrent qu’une réduction drastique de la population serait une solution viable. Il serait en effet malvenu de présenter des « aspects bénéfiques pour l’environnement » du virus ; ce ne sont pas des bénéfices mais plutôt des enseignements écologistes à en tirer.


Maëlle Chapuis-Mirol

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