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Contre la crise écologique, l’introduction des repas végétariens dans les cantines scolaires



Depuis le 1er novembre 2019, toutes les cantines scolaires, publiques et privées, de la maternelle au lycée, doivent proposer au moins un repas végétarien par semaine. On entend par « végétarien » un menu dans lequel la viande et le poisson sont remplacés par des protéines végétales, comme les légumineuses. Cette décision a été prise à la suite de la loi Egalim, adoptée par l’Assemblée nationale en octobre 2018. Il s’agit pour le moment d’une expérimentation sur deux ans. Ce menu est proposé soit en choix unique, soit en option, et les acteurs de la restauration collective sont accompagnés par le Conseil national de la restauration collective (CNRC). Il s’agit d’un défi majeur pour les cantines scolaires, puisque qu’environ 80 000 tonnes de produits carnés sont distribuées chaque année aux déjeuners. Toutefois, la reconfiguration de notre modèle agricole et alimentaire paraît de plus en plus inévitable, dans la mesure où il est le principal responsable de l’érosion de la biodiversité et accélère le changement climatique.


En effet, en France, près d’un tiers des émissions totales de gaz à effet de serre sont liées à notre alimentation. Parmi les aliments consommés, la viande et les produits d’origine animale sont les premiers mis en cause. Ces dernières années, de nombreux rapports ont dénoncé l’impact diffus de l’industrie de l’élevage. En 2013, la FAO évaluait cette part à hauteur de 14,5%. Toutes les étapes du processus sont pointées du doigt, de la production d’aliments pour les animaux à la transformation des produits alimentaires. Par exemple, la production d’un kilo de bœuf requiert l’équivalent d’une petite piscine, soit environ 15 500 litres d’eau, avant tout pour irriguer les céréales et le fourrage. Par ailleurs, selon une étude publiée par WWF en 2012, la seule consommation de viande serait à l’origine de 36% des usages en eau des Français.es.


En outre, l’expérimentation des menus végétariens à la cantine permettra aux pouvoirs publics d’en évaluer les effets sur le gaspillage alimentaire. Une initiative bienvenue, alors que 44 kilos sont jetés en moyenne par service dans un établissement scolaire (Ademe, 2018). De surcroît, les repas végétariens sont généralement moins gaspillés, d’après le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.


Cependant, aucune sanction n’est prévue en cas de non-application de la mesure. De plus, Greenpeace dénonce une mainmise des lobbies de la viande et des produits laitiers sur les recommandations nutritionnelles établies par le gouvernement. L’ONG a en effet souligné la présence de représentants tels que Interbev ou encore l’association d’industriels GECO Food Services, composée, entre autres, des entreprises Bigard et Fleury Michon, au sein du Groupe d’Etude des Marchés de Restauration Collective et de Nutrition (GEM-RCN). Ce groupe était chargé de traduire les conseils du Programme National Nutrition Santé (PNNS) en données techniques à destination des acteurs de la restauration collective et donc scolaire. A titre d’exemple, le GEM-RCN définissait les quantités à prévoir en fonction de l’âge, ou encadrait la présence des produits trop gras et trop salés.


Ce groupe a été dissout mais certains de ses membres, au travers du « groupe restauration collective et nutrition » (G-RCN), continuent de véhiculer l’idée selon laquelle les régimes excluant tout aliment d’origine animale posent des risques de carences pour la santé des enfants. Les pouvoirs publics semblent malgré tout prendre les choses en main, puisque le ministère de la Santé a décidé d’étudier le PNNS en concertation avec des organismes comme l’Association Végétarienne de France. Les enjeux résident donc dans la modification des habitudes alimentaires, puisque celles-ci sont véritablement ancrées dans notre modèle culturel.


Erika Cardona

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